Pris Entre Les Lignes: Le Sort des Citoyens Européens au Royaume-Uni et des Britanniques dans l’Union Européenne

Le parlement britannique a approuvé un projet de loi donnant à Theresa May l’autorité nécessaire pour déclencher l’article 50 du Traité de Lisbonne, conformément au résultat du référendum du 23 juin 2016. Presque huit mois se sont écoulés depuis le vote,  et le sort des ressortissants de l’Union Européenne vivant et travaillant au Royaume-Uni, ainsi que celui des ressortissants britanniques des autres pays de l’Union, est loin d’être clarifié. Il est tout à fait incroyable qu’une question aussi sensible n’ait pas été traitée préférentiellement  et n’ai  pas été réglée avant que les négociations officielles du divorce entre le  Royaume-Uni et l’Union Européenne  ne débutent.

 

L’équité exige que nous traitions aussi une autre question aussitôt que possible. Nous voulons garantir les droits des citoyens de l’UE qui habitent déjà en Grande-Bretagne, et les droits des ressortissants britanniques des autres Etats Membres, dès que nous le pouvons. J’ai dit à d’autres chefs de l’UE que nous pourrions immédiatement donner aux gens la certitude qu’ils veulent,  et atteindre de suite un tel  accord. Bon nombre d’entre eux étaient en faveur d’un tel accord – un ou deux autres ne l’étaient pas – mais je veux que chacun sache que ceci reste une priorité importante pour la Grande-Bretagne – et pour beaucoup d’autres Etats Membres – de résoudre ce défi aussitôt que possible, puisque c’est la bonne et juste chose à faire.  –  Theresa May, 2017

Si Theresa May a raison de dire que quelques membres de l’UE ne souhaitent pas discuter du destin des expatriés des deux camps, ces pays devraient avoir honte. Il n’y a pas un seul jour où  je n’ai pas au moins une pensée passagère au sujet de notre situation actuelle, en tant qu’expatrié britannique vivant et travaillant dans l’UE. Je reste également profondément sensible au sort des  ressortissants de l’UE qui se sont déjà établis au Royaume-Uni  mais qui n’ont pas opté pour la citoyenneté britannique. Je suis également un ressortissant français et ceci m’offre une certaine sorte de sécurité administrative. Cependant, je n’ai jamais tenu un passeport français et je suis enregistré en tant que citoyen britannique aux Pays-Bas. Ces complications administratives, certes ennuyeuses, sont cependant surmontables. L’acquisition d’un passeport français résoudrait le problème.

 

Mon plus grand souci, par contre, concerne le maintien de la reconnaissance de mon diplôme dentaire. Ayant obtenu mon diplôme à L’Université de Londres, mon droit d’exercer dans l’Union est assujetti  à la reconnaissance réciproque des diplômes dentaires au sein de l’Union. Actuellement, le Conseil des Dentistes Européens ne peut pas se prononcer sur le bon déroulement de  cette équivalence, une fois que le Royaume-Uni  a quitté l’Union Européenne. Se trouver constemment dans le doute au sujet de notre avenir est désagréable, déstabilisant, et complètement inutile. Il aurait été louable que  l’UE et le Royaume-Uni  aient donné les assurances nécessaires  à tous les intéressés. Il y a peu de chances que cela ait lieu, et, ce qui peut être encore pire, des expatriés comme moi, pourrions être employés en tant que «munition de négociation » lors d’une querelle de clocher entre le Royaume-Uni  et l’UE.

Au lendemain du résultat du vote, j’ai tout de suite contacté l’Association Dentaire des Pays-Bas, afin d’obtenir des informations concernant le Brexit et les chirugiens-dentistes. Voici le courriel que j’ai reçu, signé Alexander Tolmeijer, membre néerlandais du Conseil des Dentistes Européens:

“Le Brexit et ses conséquences pour les dentistes ont l’entière attention du CED. Il se trouve à l’ordre du jour sur notre moniteur, mais à ce jour, il y a peu de choses sensées à dire. Il me semble logique que les Anglais qui ont été formés au Royaume-Uni  soient ici reconnus, et le restent. Mais, bien entendu, les juristes ne travaillent pas toujours selon la logique des dentistes.”

Le fait que l’UE, par l’intermédiaire de la commission, et le gouvernement britannique, n’aient pas été disposés à garantir unilatéralement les droits de tous les expatriés britanniques et de l’UE va à l’encontre de ce que le philosophe allemand des Lumières,  Immanuel Kant,  a décrit dans son “impératif catégorique”. Pour Kant, si un acte est moralement juste, il  doit être effectué quelles que soient les conséquences de cet acte. Il est bien évident que Theresa May a l’impression qu’en refusant de garantir unilatéralement les droits des ressortissants de l’UE au Royaume-Uni, elle garde dans sa poche  une arme de négociation puissante dont elle pourra se servir le cas échéant. Quant à l’UE, ils pensent probablement sur les mêmes lignes que le Royaume-Uni. Les ressortissants de l’UE vivant au Royaume-Uni et les Britanniques de l’UE  sont les victimes de cette façon tordue de penser et sont littéralement piégés entre les lignes d’une confrontation machiavélique entre le Royaume-Uni de Theresa May et l’UE de Jean-Claude Junker. Si la tension entre les lignes de conflit provoque l’effondrement du champ de bataille, nous pourrions tous tomber dans un grand trou noir.

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